“Je suis allé vers ce que je sais faire le mieux”- Blog - Esseyi
La parole aux alumni #2 Komla : “Je suis allé vers ce que je sais faire le mieux”

La parole aux alumni #2 Komla : “Je suis allé vers ce que je sais faire le mieux”

Le 5/6/2021

Après Roger, c’est Komla qui a eu la gentillesse de répondre aux questions d’Esseyi. Découvrez son témoignage sincère et drôle !

Pour commencer, d’où viens-tu et quel âge as-tu ? 

Bonjour Esseyi, je suis de nationalité Togolaise et originaire de la région des plateaux. Je vais avoir 35 ans bientôt.

  • Quel est ton métier aujourd’hui ?

J’exerce dans le domaine des constructions génie civil, je suis ingénieur Génie Civil de formation (Bâtiments et Constructions). J’occupe le poste de responsable d’études et méthodes au sein d’un Bureau d’Etudes et d’ingénierie Conseil. Je suis pilote des opérations sur site.

  • Peux-tu nous détailler ton parcours d’étudiants : quelles études as-tu faites et où ? 

J’ai fait mes études secondaires au Togo, dans mon pays natal d’où je suis parti dès l’obtention de mon Baccalauréat scientifique, pour des études universitaires en Guinée Conakry en 2007.

J’ai suivi la formation d’ingénieur à l’Institut Polytechnique de l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, Département Génie civil.

J’aimais bien mes cours, surtout parce que la première année était purement scientifique… enfin je n’avais plus affaire avec les matières littéraires dans lesquelles je n’étais pas doué au lycée !

  • Pourquoi avoir choisi ce pays pour les études supérieures ?

La Guinée Conakry n’était pas mon premier choix de destination car je n’avais pas d’information sur les universités, les types de formations et la vie estudiantine en Guinée comme j’en avais sur le Sénégal.

Mais dans ma recherche d’autres option au Sénégal, j’ai obtenu des informations sur les formations supérieures disponibles à l’université de Conakry, qui fort heureusement étaient plus favorables en termes de coût de formation. La qualité de la formation était aussi rendez-vous car l’Université jouissait d’une très bonne réputation en la matière. Le coût de la vie est bien plus que supportable et l’environnement multiculturel très attrayant.

Alors je n’ai plus hésité, mon choix était fait. J’y suis allé en me disant : “le reste je verrai sur place”. J’ai envoyé ma demande d’inscription, et deux semaines plus j’ai eu la confirmation d’acceptation mon dossier.

  • Comment t’es-tu orienté il y a quelques années vers cette voie ?

Je dirai que – mis à part les conseils pour le choix de ma filière quand je suis arrivé en année de concentration – mon orientation vers les études en sciences et techniques s’est faite de façon naturelle : je suis allé vers ce que je sais faire le mieux !

Bien sûr, j’ai fait un baccalauréat scientifique, et j’étais particulièrement à l’aise dans les sciences mathématiques et sciences physiques, Science de la vie et de la terre, etc…

Vous savez, dans mes souvenirs d’enfance, je me souviens être très attentif aux questions de solidité et de stabilité quant on jouait à construire des cabanes avec des branches de palmier, fabriquer des voitures et gadgets à partir des boîtes des conserves ou autres objets de récupération. Tout ce qui relevait des sciences techniques retenait plus mon attention. Alors, je me dis que ce n’est pas un hasard d’exercer ce métier d’ingénieur génie civil aujourd’hui.

  • Quels conseils donnerais-tu aux lycéens pour s’orienter vers la formation qui leur correspond ?

Tout d’abord, Il me paraît très important de souligner que les conseils en matière d’orientations professionnelles sont assez sommaires au lycée. Et cela ne permet pas à tous les élèves de faire le meilleur choix quant aux études universitaires. 

On n’attend pas l’obtention de son baccalauréat pour choisir la formation ou les études supérieurs à faire.

Au plus tôt vous découvrez votre voie, au mieux vous êtes académiquement et mentalement préparé à embrasser la formation qui vous correspond.

  • As-tu rencontré des défis pour étudier à l’étranger ?

Pour ma part, je n’ai pas eu de difficultés majeures sur le plan académique durant tout le cursus. Mon insertion sociale aussi s’est faite progressivement. La Guinée Conakry est un pays Francophone comme le Togo mon pays d’origine ; les systèmes éducatifs ne sont pas trop disparates. Mieux encore, je n’avais pas à faire face à la barrière de Langue, qui est à mon avis l’un des défis majeurs auxquels sont confrontés les étudiants qui entreprennent de poursuivre leur formation dans un pays de langue autre que celui de leur pays d’origine.

Une autre particularité est que j’étais “un peu vacciné­“ comme on le dit souvent.

Je n’étais pas à ma première expérience en termes de vie estudiantine en dehors du cadre familial. J’avais déjà effectué une partie de mes années de lycée dans une ville où je n’avais pas de parents proches sur qui compter. Du coup j’avais à mon avantage quelques habiletés en termes de gestion de soi-même et de ses finances.   

  • Y a-t-il des personnes, une communauté, des lieux de rencontre ou des groupes sur les réseaux sociaux qui t’aident dans tes études dans ce pays ? 

Bien sûr !! Et j’avoue que nous avons passé des moments super enrichissants.  Il y a une forte communauté d’étudiants étrangers en Guinée ; très active, très organisée sur plan académique, et social. Il y avait à l’époque dix-neuf nationalités sur l’université. Les plus nombreuses était de l’ordre de 350 étudiants ; organisées en associations et les moins nombreuses ; inférieures à 15 étudiants. Tout le monde avait sa place au sein d’un groupe ou d’une formation. Il n’y avait pas de raisons de souffrir de dépaysement ni de se sentir seul. Moi-même j’ai été membre sympathisant de l’association des étudiants Tchadien en Guinée. Par la suite, l’association d’étudiants Togolais en Guinée a été constituée et je l’ai dirigé pendant ses deux premières années d’existence.

Il y a des activités culturelles et sportives annuelle regroupant toutes les communautés et chaque association d’étudiants avait ses journées de retrouvailles.

Tout nouvel étudiant était systématiquement assisté et orienté dans ses diverses démarches sur le plan académique et social.

  • Comment as-tu financé ce grand projet d’étude dans ce pays ?

Tous les frais inhérents à mon voyage, les études, et les frais de subsistance ont été supportés de bout en bout par un parent. Je n’ai pas pu obtenu une bourse d’étude ou bien de l’aide à la formation.

  • As-tu une anecdote à nous raconter sur ton parcours de jeune étudiant en Afrique ?

Les anecdotes, j’en ai quelques-unes ! Mais celle dont je me souvient très souvent est la suivante.

Nous étions en plein épreuve de mécanique des sols, j’avoue que les exercices étaient délicats et beaucoup ne s’y attendaient pas. Notre prof était particulièrement souriant ce jour-là. C’était sa revanche parce qu’on faisait souvent du bruit à ses cours ou TD.  Depuis l’estrade, il observait une camarade, assise le stylo dans sa bouche et le regard tourné vers le plafond. Au bout d’un long moment, il l’interpella dans un Français fortement marqué par l’accent Russe en ces termes :  “hééé !!!…toi là, tu comptes les mouches ou quoi ?’’. Pendant une trentaine de seconde, nous avions tous oubliés nos peines et toute la salle a rigolé. »

Depuis ce jour, l’expression “Tu vas compter les mouches’’ est synonyme de difficultés, souci entre nous !